Un héros de légende qui a mal tourné, Christian Sarton du Jonchay : II-Les heures sombres

Engagé à 14 ans pour partir en guerre sous l’identité d’un spahi auxiliaire algérien,  devenu pilote après une grave blessure qui lui a valu une incapacité reconnue de 65%, Christian Sarton du Jonchay est associé aux succès de Caudron Renault comme aux ultimes tentatives de redressement de l’Armée de l’Air pendant l’hiver 1939-1940.

Christian du Jonchay à Villacoublay en 1931, source:henri.eisenbeis.free

Sa participation à la campagne de France lui vaudra, avec une nouvelle blessure, une onzième citation et la rosette de commandeur de la Légion d’honneur. Pourtant, après l’Armistice, du Jonchay devait s’engager dans une collaboration de plus en plus étroite avec les Allemands, au point qu’un témoin de son action décrira comme « [son] plus pénible souvenir de cette période [d’] avoir vu l’avilissement d’un homme qui avait été un authentique héros…»[1]. Contraint à l’exil à la libération, condamné à mort par contumace, CSDJ[2] devait bénéficier d’une mesure d’amnistie en 1959.

Après avoir rendu compte dans une contribution précédente du parcours de « ce héros de légende », il nous faut revisiter cette période où « il a mal tourné», en nous attachant d’abord au collaborateur, puis au proscrit.

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LE COLLABORATEUR

De retour en France après l’armistice, Christian du Jonchay va s’engager dans des activités de collaboration, d’abord banales, au sein du Comité d’organisation de l’Industrie aéronautique, puis plus approfondies, en particulier en Tunisie où il est envoyé pour stimuler la résistance aux « envahisseurs anglo-américains ».

Intermède marocain

Arrivé au Maroc, où il avait replié les Glenn Martin de son groupe de bombardement, CSDJ devait être en juillet 1940 associé à un incident révélateur de l’ambiance du moment. Ecoutons Pierre Mendes-France, fraichement débarqué du Massilia, avec d’autres parlementaires se rendant à Casablanca dans la perspective de poursuivre la lutte. « Quelques jours plus tard, j’eus au restaurant Balima, à Rabat, une altercation avec un officier d’infanterie coloniale, le capitaine Dujonchay [sic] un agité connu pour sa violence dans les garnisons du Maroc. Il me défia de revenir le lendemain déjeuner au même restaurant ; j’acceptais son rendez-vous, bien décidé à ne pas me laisser humilier »[3]. L’incident n’eut pas de suite, ledit capitaine du Jonchay ayant été déplacé par son général. Il devait lui-même relater les faits en ces termes : « A l’hotel Balima, qui est à Rabat ce que le Mamounia, de réputation mondiale, est à Marrakech, il est l’heure de déjeuner. Un groupe d’aviateurs, parmi lesquels j’ai le plaisir de retrouver Christian mon cousin raconte la débâcle, l’envol des avions vers l’Afrique. Lui-même arrive ici pilotant l’un d’eux. Il m’explique :

-Tu vois là-bas ce lieutenant en train de sabler le champagne. C’est notre secrétaire d’état à l’Air, le lieutenant Mendes-France, d’après toi l’un des responsables de notre défaite.

-Par Dieu, répondis-je, c’est une provocation !

Je m’approche de sa table :

-Vous êtes bien le Lieutenant Mendes-France ?

-Oui, mon capitaine, réplique t’il en se levant.

-Ne trouvez-vous pas que sabler le champagne en public, sans doute pour fêter notre défaite, c’est manquer de tenue ? ». Ce que ne rapporte pas le récit, mais dont fait état une tradition orale, est que le capitaine Raymond du Jonchay, le geste accompagnant la parole, avait giflé Mendes-France. Cela ne devait pas empêcher ce disciple de Maurras d’entrer dans la résistance active, en prenant la peine de répudier son maître[4]. « En 1944, chef régional de l’Armée secrète à Limoges, il fut arrêté deux fois et deux fois, il s’évada »[5].

Il est peut être éclairant de rapprocher le récit de cet incident d’un rapport d’écoute et de police remontant du Dalima le 6 août. Ce jour-là, l’accusation concerne le général d’Astier de la Vigerie surnommé,  rapporte l’informateur qui signe Ulysse, « le général d’Astier de la Juiverie», du fait du soutien qu’il apporterait aux lieutenants d’aviation de Rothschild et Mendes France, sur lesquels portent un soupçon de désertion. A la suite de quoi, le comportement personnel de l’ancien commandant de la ZOAN est mis en cause : « Le vendredi 26 juillet au soir, les membres italiens de la Commission d’Armistice prenant leur repas à l’Hôtel Balima ont pu constater qu’à la table du Général d’Astier de la Vigerie on ne semblait guère penser à la gravité de l’heure présente, et que la gaité qui régnait autour de cette table était peu compatible avec la dignité d’attitude que commandent les circonstances actuelles »[6].

Vichy, août 40-novembre 1942

On rapporte avec raison la déception de nombreux aviateurs suite à un armistice interrompant une lutte qui ne leur paraissait pas sans espoir. On connaît moins la diversité des opinions qui prévalaient dans l’Armée de l’Air en ces jours de juillet 1940. Le témoignage de Maurice Claisse, célèbre pilote d’essais de Bréguet, qui rejoindra la RAF pour y servir à la fois en opérations et comme pilote d’essais, nous apporte à ce sujet un témoignage éclairant. Se retrouvant à Vichy après l’Armistice autour de Détroyat, sur 12 aviateurs discutant de la situation, il est le seul favorable à l’Angleterre, les autres partageant le point de vue de Détroyat : « on n’a rien compris, il fallait rejoindre les Allemands »[7].

Démobilisé, du Jonchay retrouve la tenue civile [ici, de 1939], source: ZbioriNAC via audiovis.nac.gov.pl

Démobilisé le 11 septembre, CSDJ avait regagné la France pour servir d’officier de liaison avec une commission allemande d’armistice[8]. Puis « il entra comme chef de Service aux relations extérieures au Comité d’Organisation de l’Industrie Aéronautique, 6 rue Cimarosa (actuellement appelé Office professionnel de l’Industrie Aéronautique)»[9]. Un aspect bien mystérieux de cette période concerne les relations qu’aurait entretenues du Jonchay avec Marcel Bloch. Selon le préfet Philip, entendu comme témoin en 1946, « Monsieur Vie, mon ancien chef de cabinet, confirmera avoir vu un contrat passé entre du Jonchay et le constructeur d’avions Bloch, dans le premier trimestre de l’occupation ennemie, en 1940, qui laissait à celui-là des avantages financiers considérables. Je ne crois pas que ce contrat ait été exécuté par suite des persécutions allemandes à l’encontre de la population israélite »[10]. Un témoignage familial va dans le même sens, évoquant les bonnes relations entre ces deux hommes, lors du retour en France de du Jonchay après son amnistie, alors que tout aurait du les opposer.  

Si l’on peut imaginer que CSDJ excellait dans le rôle de relations publiques qu’impliquait cette fonction, il reste que la coopération franco-allemande en matière d’industrie aéronautique ne relevait pas de sa compétence. Dès le 25 juillet 1940, l’inspecteur général Joux donnait, au nom du ministère, l’autorisation à Renault de terminer pour le compte de l’Allemagne, 300 avions d’entrainement en cours de construction[11]. Au-delà, les négociations qui devaient aboutir au programme commun de fabrication du 28 juillet 1941, très déséquilibré comme on peut l’imaginer[12], était conduites par l’ingénieur Roos pour les aspects techniques et industriels, les généraux Doyen et Geffrier pour les aspects militaires et  Maurice Couve de Murville[13] pour les aspects financiers[14].

Épisode attestant des contacts noués progressivement dans les milieux collaborationnistes, du Jonchay aurait été présenté à de Brinon « soit tout à fin de décembre 1940, soit tout au début de 1941. J’ai un souvenir certain, rapportera l’ancien délégué de Vichy en zone occupée, c’est qu’il m’a été présenté à l’Hôtel Matignon par le journaliste Jean Fontenoy, qui était son ami »[15].

Durant l’Occupation, la vie mondaine continue, avec des temps forts marqués par la visite de hauts personnages d’Outre-Rhin. Goering se rend à Paris à la suite de sa rencontre de Saint-Florentin avec Pétain le 1er décembre 1941. Alors, « le cycle des plaisirs parisiens du maréchal Goering commence. Le lendemain de sa rencontre avec Pétain, le général Hanesse[16] organise une grande réception. Déat enfile le smoking. Arrivée du maréchal, note t’il, présentations. On bavarde dans tous les coins. Buffet somptueux. Laval parle un peu avec Goering […] Vu Bergery, en uniforme d’ambassadeur. Vu Schueller, Mme Fontenoy, Mme Lacombe, Paul Morand, du Jonchay, Arletty, les de Chambrun[17], M. Mayol de Luppé[18] etc. et naturellement une foule d’Allemands civils et militaires »[19].

Goering, avec Pétain et Darlan à Saint-Florentin, source: Bundesarchives via wikipedia

En 1942, CSDJ aurait été en rapport avec Benoist-Méchin, engagé dans la création d’une légion tricolore, devant combattre au côté des Allemands, mais sous uniforme français, contrairement à la LVF qui combattait sous l’uniforme allemand. Selon de Brinon, son nom aurait figuré sur un état de l’éphémère Légion Tricolore avec l’indication « inspecteur général ». Il n’était pas prévu de composante aérienne à cette Légion Tricolore, ce qui a pu dissuader du Jonchay d’une participation plus active. Fait peu connu, le commandant Constantini[20], cofondateur de la LVF, «  se donne comme objectif de créer une branche française de la Luftwaffe pour les aviateurs engagés dans la LVF »[21]. Dans ce but, il avait entrepris de « recruter un corps aérien autonome destiné à combattre sur le Front Est »[22]. Si le chef pressenti, le capitaine Caël, apparait comme un personnage de second rang, on trouve parmi les officiers associés au projet le commandant de réserve Langeron, bien connu des milieux aéronautiques comme chroniqueur de  l’hebdomadaire Les Ailes, mais aussi, indique avec prudence l’informateur de l’état-major, le général Hébrard. En tout état de cause, quand Bergeret, le 30 mai 1942, est sollicité par Benoist-Méchin pour lui indiquer un officier qui pourrait « travailler avec l’un de ses collaborateurs immédiats le problème [de la LVF en ce qui concerne l’Air] » en vue de « former une unité de chasse, probablement sur matériel et sous uniforme allemand », c’est avec un autre officier qu’il le met en rapport[23]. Malgré ses relations mondaines avec le général Hanesse, on ne trouve pas trace d’une implication de du Jonchay dans l’organisation d’une collaboration institutionnelle avec la Luftwaffe. On peut relever au passage que l’échec du projet de Constantini ne sera pas total, puisque  qu’il débouchera sur la création d’un régiment français du NSKK-Motorgruppe Luftwaffe, à l’origine organisation paramilitaire du parti national-socialiste chargé de développer la motorisation au profit des armées du Reich[24].

Se fondant sur un ouvrage du Général Bridoux, qui a succédé comme ministre de la guerre à Huntzinger, victime d’un accident d’avion, J.-C. Notin rapporte : « En mission [en Afrique du Nord] au début de l’été [1942] le commandant du Jonchay en est revenu avec la certitude d’une armée ‘anti-allemande puisque telles étaient les consignes chuchotées du temps de Weygand où plusieurs officiers nettement germanophobes ont reçu des commandements importants, notamment le chef du 3ème bureau du Général Juin qui aurait quitté la Syrie en raison de ses tendances pro-anglaises’»[25]. Du Jonchay se portait par contre garant de la loyauté personnelle de Juin. Ce rapport a pu être établi à l’occasion d’une visite à sa famille, sa mère vivant alors à Biskra.

A Biskra, dans sa famille, avec son épouse Gene, en 1941-42, source: famille du Jonchay, avec nos remerciements

Sa connaissance de l’Afrique du Nord devait conduire du Jonchay à se voir confier une mission en Tunisie, pour stimuler la résistance à « l’invasion anglo-américaine». 

Tunis

Le débarquement allié au Maroc et en Algérie, le 8 novembre 1942, met à mal les fragiles équilibres de Vichy. Tandis que les militaires présents en Afrique rejoignent, non sans parfois quelques réticences, la cause alliée, l’évènement accentue le clivage entre les différentes formes de la collaboration imposée ou assumée en métropole.

Le Vice-amiral Platon, en mission d’inspection en Tunisie le 15 novembre, une semaine donc après le débarquement anglo-américain, avait constaté l’impuissance de l’Amiral Estéva, résident-général, à garder le contrôle de la situation, entre les 5000 Allemands déjà débarqués avec 40 chars, et le général Barré qui se repliait vers l’ouest en se gardant à l’est, face aux troupes de von Arnim. Platon lui-même ne pût infléchir Barré et rentra à Vichy sur un constat d’échec.

C’est dans ce contexte que prit forme le projet d’envoyer en Tunisie une légion de volontaires, sans trop d’illusions si l’on se réfère à ce dialogue, relaté par Benoist-Méchin[26], qui doute de la capacité de Laval à mener un projet radical : « ‘Le Président [du Conseil, Laval] m’a chargé d’organiser une Légion africaine, poursuivit Darnand. Je lui ai soumis un projet avec lequel il s’est déclaré pleinement d’accord. Le décret constitutif sera signé  demain ou après-demain. Tu vois qu’il n’est pas aussi inerte que tu le prétends’. Je ne pus m’empêcher de sourire en entendant ces paroles. Tant de candeur était désarmante chez ce quadragénaire robuste […] ‘Tu me fais rire avec ta Légion africaine, lui répondis-je. Jamais elle ne se réalisera. Laval t’abreuvera de bonnes paroles; il te fera mille promesses. Et puis il s’arrangera pour torpiller l’affaire, sournoisement, par en dessous, selon son habitude»[27].

Le 27 décembre, Platon signe l’ordre de mission de 6 officiers en Tunisie, qu’il notifie à l’Amiral Estéva, résident général, en ces termes : « Le Commandant du Jonchay, chef du détachement, vous exposera la mission spéciale qui a été confiée à ces officiers. Je vous demande de bien vouloir faciliter dans la mesure du possible cette mission, notamment en faisant mettre à la disposition de ces officiers les fonds qui leur seraient nécessaires ». On remarque, au passage, que lesdits officiers ne sont en rien subordonnés à l’amiral résident général. Il est annoncé par ailleurs que « ces officiers sont promus au grade supérieur au titre mission pour compter du 28 décembre ». Voilà donc CSDJ promu lieutenant-colonel pour ses 42 ans, un grade qu’il sera toutefois difficile, verrons-nous, de faire confirmer à titre définitif. Le commandement confié à du Jonchay est très mal vécu par le Christofini, de même grade mais officier d’active, qui exercera de fait le commandement de la Phalange Africaine.

La déposition du Capitaine Peltier, lors de son interrogatoire du 30 juillet 1943, comporte une relation détaillée de l’envoi de la mission Militaire Française. Les officiers concernés, réunis à l’Hôtel Moderne à Vichy le 27 décembre, reçoivent du Colonel du Jonchay une présentation de leur mission, qui leur est confirmée par Laval personnellement. « Le Président Laval nous dit de nous conformer à la note de l’Amiral Platon qui nous tiendrait lieu d’ordre de mission [par ailleurs] nous emportions avec nous une photographie de la déclaration autographe du Maréchal [dénonçant les anglo-saxons comme agresseurs], dont nous devions faire usage pour être accrédités auprès des autorités françaises de Tunisie. Peu après, le Colonel du Jonchay eut une audience auprès du Maréchal Pétain qui lui confirme en substance les mêmes instructions ». Un avion allemand, après escale à Istres, Rome et Trapani, amène la mission à Tunis : « Nous y atterrissons le 29 décembre 1942, le Colonel du Jonchay en contact avec la Résidence dès notre arrivée ». Après avoir vu Estéva, « le 30 décembre, les colonels du Jonchay et Christofini  avec les autorités allemandes, pour les mettre au courant de la mission à réaliser. Ils reçurent un accueil cordial, mais étonné du Ministre allemand Rahn, qui leur objecta que jamais les autorités militaires de l’Axe ne toléreraient qu’il y ait  des forces françaises armées, tandis qu’elles étaient dans ‘une forteresse assiégée’». Le général von Arnim,  commandant des troupes allemandes en Tunisie, donne pourtant son accord à la mise sur pied de guerre d’un détachement de150 volontaires français, noyau de la ‘Phalange Africaine’, qui devraient cependant faire leurs preuves avant toute extension de l’expérience. Suit une information intéressante sur la situation politique : « C’est après s’être ainsi mis d’accord avec les autorités allemandes que les Colonels du Jonchay et Christofini se mirent en rapport avec Guilbaud dont les fonctions bien que non définies étaient cependant considérables et avec les chefs politiques de la Révolution Nationale, c’est-à-dire le chef du SOL [Service d’Ordre Légionnaire, organisme précurseur de la Milice], le chef de la Légion Française des combattants, le chef du PPF et trois ou quatre autres plus effacés». Le rôle de Georges Guilbaud[28] est bien identifié comme responsable du volet politique de mobilisation des organisations collaborationnistes au service de la lutte contre la dissidence et les anglo-saxons. « Rahn dispose d’un précieux collaborateur : le ministre de l’information de Laval, Paul Marion, envoie Guilbaud, membre du Parti Populaire Français, qui, jusqu’alors peu influent en Tunisie, devient le pivot du régime. Guilbaud fonde le Comité d’union et d’action révolutionnaire (CUAR) » pour coordonner les divers groupements favorables à l’Axe[29]. Dès le 3 décembre, il signe son premier éditorial dans Tunis Journal, seul journal autorisé à paraître, où il fustige le comportement « des généraux et d’un amiral [Darlan] félon »[30].

Georges Guilbaud en meeting à Paris en 1944, source: Conan, l’Express

Alors que Christofini assure le commandement de la Phalange Africaine et que Guilbaud est le principal responsable de l’action politique en faveur de la collaboration active, CSDJ est nommé chef de cabinet de l’Amiral Estéva. Il assure la liaison quotidienne avec les autorités allemandes, civile, l’ambassadeur Rahn, et militaire, le général von Arnim, ainsi qu’avec les autorités italiennes. Anecdote  significative, il invite Arnim à la table du résident général, forçant la main à Estéva qui voulait garder sa distance à l’égard des autorités de l’Axe.

Pour situer le rôle de Rudolf Rahn, bras droit de l’ambassadeur Abetz à Paris, il est intéressant de savoir qu’il avait été envoyé en 1941 auprès du général Dentz en Syrie, pour y organiser le soutien aux rebelles irakiens, puis encourager la résistance à l’offensive menée par les forces anglaises, australiennes et françaises libres. Il  avait conclu de cette expérience que « la perte de Damas est imputable à Bergeret »[31], le secrétaire d’état à l’Air du gouvernement de Vichy, accusé d’avoir limité les renforts aériens envoyés à Dentz pour faire face aux forces britanniques. Sa réputation à Vichy nous est révélée par ce récit de Jacques Guérard, secrétaire général de la Présidence du Conseil, au terme d’un entretien difficile où les Allemands s’étaient vu refuser l’ouverture d’un consulat à Dakar, à l’été 1942 : « Beau joueur, le ministre allemand s’avoua battu : ‘Si je répétais à Berlin tout ce que je viens d’entendre !’, me dit-il en prenant congé. Je suis sûr qu’il ne le fit pas. M. Rahn était un debater redoutable, mais un adversaire honnête »[32]

S’il ne participe pas aux combats, CSDJ est présent, à côté des autorités allemandes, à diverses cérémonies en l’honneur de la Légion Africaine. Ainsi, rapporte Tunis Journal le 19 mars 1943, « Hier après-midi à 15h 30, les volontaires français de la Légion Impériale [sic] ont prêté serment. Sur un vaste terrain plat que la pluie a détrempé et qu’entourent de maigres oliviers, les troupes sont massées en carré. Une compagnie de parachutistes allemands et sa musique assurent le service d’honneur. Autour du Colonel du Jonchay, directeur du cabinet de l’Amiral Résident Général de France et du Colonel représentant le haut-commandement allemand, ont pris place le commandant Curnier, chef du détachement de liaison, le capitaine Dupuis, commandant la Compagnie des légionnaires français, les dirigeants des groupements révolutionnaires : Scherb, représentant Georges Guilbaud, délégué général du Ministère de l’Information et de la Propagande, [etc…]».

Au premier plan, de gauche à droite, le Commandant Curnier, chef de la Mission Militaire, l’ambassadeur Rahn, saluant, et l’Amiral Esteva, en retrait, au centre, du Jonchay et le colonel Audorff, du 754e  PzGrenadiere Regiment, auquel est rattachée la Phalange Africaine, source: R.Pellegrin

 La remise de la Croix de Fer à trois légionnaires qui s’étaient illustrés au combat est l’occasion d’une autre cérémonie marquante, nouvelle occasion pour le journaliste de Tunis de mettre son talent épique au service d’un article de propagande : « Avant-hier, 20 avril, à l’occasion du 54ème anniversaire du Chancelier Hitler, nous avons été témoins d’une cérémonie émouvante […] A gauche, un détachement de la Légion des Volontaires avec son fanion. A droite, un détachement d’une compagnie d’infanterie allemande, au fond, devant le Tricolore et le drapeau national allemand, des soldats allemands et français, au coude à coude, comme ils le sont en ligne, dans le combat contre les envahisseurs anglo-américains […] Une cérémonie solennelle va se dérouler devant nous. En présence du Ministre plénipotentiaire du Reich, le Dr Rahn, du Colonel du Jonchay, Grand-croix de la Légion d’Honneur [sic], représentant le Résident Général, et de hautes-personnalités allemandes et françaises, trois soldats de la Légion seront décorés tout à l’heure de la Croix de Fer ». Le général allemand prononce alors un discours, ventant le combat commun, puis, « c’est un moment émouvant quand le général remet personnellement les décorations aux braves soldats français. Tous les assistants en garderont un inoubliable souvenir». Parti ensuite à un observatoire sur le front, le journaliste rapporte avoir entendu un lieutenant allemand : « il disait à son camarade : ‘ce sont des types épatants, ces soldats français’. Le Colonel du Jonchay, sachant bien la langue allemande, a compris. Un petit sourire nous montre qu’il est fier d’avoir entendu parler de cette façon de ses camarades. Seul un soldat, un camarade, est digne de faire un tel éloge de ses camarades de tranchée ». En fait, la contribution de la Phalange Africaine aux opérations allemandes devait être symbolique, puisqu’elle n’engagera jamais plus que l’effectif d’une compagnie.

L’une des missions que s’assignait CSDJ était de rétablir l’autorité de Vichy auprès des militaires passés « à la dissidence » auprès des Alliés, n’hésitant pas toujours sur les moyens à employer. Ainsi, « ayant appris que trois épouses d’aviateurs ‘enrôlés chez les Alliés’ -dont la propre belle-fille du Général Mangin- étaient hébergées chez un colon, il exerça sur elles  diverses pressions pour obtenir qu’elles envoyassent des lettres à leurs maris les encourageant à rentrer en Tunisie. Elles convinrent cependant de glisser dans ces courriers une phrase commune faisant comprendre les conditions de leur rédaction[33].

Témoin particulièrement accusateur, Françoise Grumbach, épouse d’un aviateur camarade et ami de CSDJ avant-guerre : Cet officier ayant été arrêté, son épouse rencontre du Jonchay à la Résidence pour faire appel à leur ancienne camaraderie. Celui-ci répondit « qu’une scission avait séparé son mari de lui. Qu’en effet, ils n’avaient pas suivi la même voie et qu’il était juste que, s’étant trompé, mon mari paie ses fautes ». L’ayant quitté sur des propos rassurants, Mme. Grumbach devait recevoir une lettre, jointe au dossier, précisant : « Il est exact que [votre mari Jean Grumbach] a été arrêté le 19 décembre 1942 par la police française, qui avait reçu l’ordre de réincarcérer les condamnés communistes ou gaullistes qui avaient été hâtivement relâchés en Novembre […] Evidemment, cette situation n’est pas agréable pour vous, mais vous n’avez aucune raison particulière de vous inquiéter»[34]. Rapatrié et interné en France, Jean Grumbach ne devait jamais revenir de déportation.

Il arrive pourtant à du Jonchay de protéger des gaullistes avérés, comme le futur contre-amiral Robert Fatou, ou la Comtesse de Chabannes la Palice, d’une vieille famille de l’Allier, qu’il présentait comme sa seconde mère[35].

CSDJ a retardé et évité diverses déportations, au dire de plusieurs témoins, par exemple le commissaire Simonpoli[36]: « Je sais que, grâce à l’intervention énergique de du Jonchay auprès des autorités allemandes, des mesures de déportations de policiers en Allemagne ont été retardées et finalement entravées jusqu’au jour de l’arrivée des Alliés».  

Le 5 avril, du Jonchay remplace le préfet Philip comme « délégué à la Sécurité Générale de la Tunisie», pour juste un mois. Le colonel Penard lui succède alors comme directeur de cabinet de l’Amiral-Résident-Général. Quand les Alliés s’emparent de Tunis, le 7 mai, CSDJ est rapatrié par un avion allemand avec quelques officiers engagés dans la Collaboration, non sans avoir accompagné à la Résidence un détachement de la Wehrmacht chargé de contraindre Estéva, contre son gré, à s’embarquer également pour Vichy, via Rome et Berlin. Du Jonchay cherchera à se justifier de l’accusation alors prononcée par l’Amiral : « Vous m’avez trahi ».  

Au-delà des mises en cause factuelles, quelques témoignages livrent leur  impression sur la personnalité de cet officier contesté. Ainsi, pour Henri de Montety, contrôleur civil, « dans ses conversations, du Jonchay ne cachait pas son désir de se faire parachuter en Algérie, pour ramener des aviateurs français enrôlés dans le camp allié et pour soulever les populations arabes. Il disait parfois, lorsqu’on lui parlait de la victoire certaine des Alliés, qu’il faisait tout pour l’empêcher et que, si elle se produisait, il savait fort bien qu’il serait fusillé, et qu’il ne tenait pas à la vie. Du Jonchay donnait en somme l’impression d’un caractère chevaleresque dévoyé, et exalté par la mystique nazi. Son état de santé paraissait précaire ; il buvait de l’alcool à tout instant, ce qui ajoutait à son déséquilibre moral. Il inspirait à la fois l’écœurement et la pitié »[37].

L’Amiral Estéva conclut sa déposition par un avis sur les responsabilités, où l’on sent une volonté de ne pas accabler par trop du Jonchay. « La responsabilité fondamentale incombe aux Allemands, civils et militaires. Si des Français ont été entraînés dans ce qu’on appelle la ‘collaboration’, c’est que nos ennemis ont imposé une contrainte, à laquelle il fallait pour sauvegarder les intérêts supérieurs, faire quelques concessions […] Rahn et Moellhausen [consul d’Allemagne] instigateurs de toutes les mesures contraires à l’intérêt supérieur français, doivent être portés sur la liste des criminels de guerre, au titre de fidèles exécuteurs des ordres de Hitler, Ribbentrop, et autres chefs allemands […] Guérard, patron de du Jonchay et son mauvais génie[38], l’a encouragé et maintenu dans une voie néfaste. C’était un vrai agent allemand. Guilbaud, envoyé par Marion, pour faire la propagande en faveur de la collaboration, aventurier de la plus basse espèce, porte une responsabilité écrasante dans tout le mal qui s’est fait en Tunisie de novembre 1942 à mai 1943 […] Scherb, vaurien, conseiller de Guilbaud, qu’il a poussé à des représailles ignobles contre les Français et contre diverses fractions de la population ». L’énumération d’Estéva se termine par « du Jonchay qui, par lâcheté morale et par amour de la vie large et facile est tombé dans les aventures déshonorantes, a perdu le souvenir de ses brillants états de service. Il a été entrainé par les Allemands et par les aventuriers. Il s’est déconsidéré, même s’il a, par moment, obéi à des sentiments honorables, quand il fallait venir en aide à des Français persécutés».

Le président Mongibeaux, lors du procès d’Estéva en mars 1945, devait invoquer à la décharge de l’amiral : « Il est incontestable que le gouvernement de Vichy, dans cette période, trouvant que vous étiez peut-être insuffisamment docile à ses ordres –c’est tout à votre honneur- ne s’est pas contenté de vous faire envoyer par le Führer le ministre plénipotentiaire Rahn, il vous a fait envoyer cet allié imprévu de Berlin qui était le colonel du Jonchay […] Autre envoyé de Vichy, Guilbaud. Le président n’est pas tendre à son égard […] Vous avez été obligé d’accepter ce contrôle, cette sorte  de soumission à ce personnage suspect et taré »[39].

Les membres de la Phalange africaine appréhendés en Tunisie seront condamnés sévèrement par le Tribunal militaire d’Alger, présidé par le général Pierre Weiss, qui n’est autre que l’ami de CSDJ ! En particulier, le Commandant Christofini, appréhendé en Corse, où il s’était retiré après sa blessure, est condamné à mort et exécuté, ainsi que 7 soldats[40].

Par précaution, la police surveille la résidence de Mme du Jonchay mère à Biskra, puis à Constantine, ainsi que « le bordj du Caïd Mokrane, grand ami de l’intéressé »[41]. C’est cependant par contumace que, le 28 janvier 1946, CSDJ sera reconnu, par le Tribunal militaire permanent de Tunis, coupable « d’atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat pour avoir pour avoir le 12 août 1943, à Vichy, exposé le citoyen français Szysmansky à subir des représailles » et d’avoir, sur la même personne, « volontairement commis des violences ou voies de fait , en l’entrainant au commissariat de police ». A ce titre, il est alors condamné, par contumace, à la majorité, à la peine de vingt ans de travaux forcés. Etaient condamnés au même motif et à la même peine le ‘nommé Guilbaud, Georges, Sylvain’, dont nous avons vu le rôle central de coordination de la ‘Révolution Nationale’ en Tunisie. Deux accusés, reconnus coupables d’intelligence avec l’ennemi, se voyaient infliger la même condamnation[42]. Le motif de la condamnation est étonnant. Il faut dire qu’entretemps, l’activité de du Jonchay en Tunisie faisait l’objet de poursuites mieux fondées auprès de la Cour de Justice de la Seine.

Entre Vichy et Matignon

Dès le 26 novembre 1942, le cabinet de Laval avait consulté le secrétariat d’état à l’aviation dans lesquelles CSDJ pourrait être rappelé en position d’activité, pour « être chargé auprès du Secrétariat général du Gouvernement, d’assurer la liaison entre les Secrétaires d’Etat militaires et la ‘Phalange Africaine’». Après l’épisode tunisien, le directeur de cabinet de Laval, Jacques Gérard, intervient à diverses reprises pour obtenir des autorités d’une Armée de l’Air,  qui ne subsista bientôt plus que sous la forme d’un service de Défense aérienne, la validation de la promotion de CSDJ au grade de Lt-Colonel. L’affaire est un bel exemple d’inertie bureaucratique au service d’une forme de résistance. L’argument principal évoqué par Gastin  est qu’une telle promotion est juridiquement impossible puisque, en application des dispositions de l’armistice « le corps des officiers de l’Armée de l’Air a été dissous le 13 février 1941 »[43].

A Vichy, le 31 mai 1943, avec Jean Fontenoy et le capitaine Dupuis, décoré de la Croix de Fer en Tunisie source: via Jeune Nation

En attendant qu’aboutisse cette promotion, du Jonchay est décoré à Vichy le 31 mai 1943, lors d’une cérémonie regroupant en présence de Laval les autorités françaises et allemandes. Parmi d’autres officiers s’étant illustrés en Tunisie, dont son cousin, le capitaine de frégate Yvan du Jonchay[44], ou sur le front russe, le général Bridoux lui remet la Croix de Guerre Légionnaire avec palme[45].

Du Jonchay décoré par le colonel Puaud, chef de la LVF, source: Mme Puaud, via Pellegrin

D’après de Brinon, Guérard  aurait demandé la titularisation de du Jonchay dans la LVF, démarche qui aurait échoué du fait de l’opposition du général Bridoux, secrétaire d’état à la Défense Nationale « et c’est ainsi que le Lt. -Colonel du Jonchay fut affecté comme chargé de mission à la Présidence du Conseil »[46].

Dernière décoration reçue par Christian du Jonchay, la Croix de guerre Légionnaire avec palme, source: site histoire et philatélie

Finalement, c’est bien tardivement, par arrêté du 9 juin 1944 du général de corps d’armée, secrétaire d’état à la Défense  de l’Etat français, que CSDJ « est promu dans l’Armée de l’Air, au titre des réserves, au grade de Lieutenant-Colonel, corps des officiers de l’Air, cadre navigant, pour prendre effet du 28 décembre 1942 ». Un ultime courrier avait pourtant rappelé les réserves de l’état-major de l’Air, du moins de ce qui en restait après le départ de Gastin et de Carrayon: « Sur le plan juridique, un accord allemand peut tout permettre à l’égard du Commandant du Jonchay mais sur le plan moral un tel accord laisse la question entière devant les officiers français d’active ou de réserve ».

Un témoignage prudent du général Gastin soulève une accusation parfois évoquée. « Vers février 1944, il me fut rapporté que du Jonchay critiquait fortement mon action, soit auprès des Allemands, soit auprès de Laval, et qu’il cherchait à provoquer mon arrestation ou mon renvoi, ainsi que l’arrestation ou le renvoi de mon adjoint, le Général Carrayon. Ces faits sont possibles, je les crois exacts, mais je ne puis les signaler qu’en indiquant que je n’ai pu ni les recouper, ni les contrôler »[47]. D’après un rapport du BCRA, CSDJ aurait, le 28 août 1943, convoqué un inspecteur de police enquêtant sur « l’organisation terroriste dirigée par le Cdt Faye[48] », notant que « cette affaire devait rester du ressort de la police française »[49], et non des autorités d’occupation.

Entre temps, sa situation personnelle avait évoluée : « Il cessa de vivre à son domicile pour n’y faire que de rares apparitions lorsqu’il venait à Paris». Hors du partage de son activité avec Vichy, cela pouvait signifier un processus de séparation du couple, aboutissant après une longue procédure au divorce que sa femme devait obtenir à son profit le 30 juin 1944, avec une pension alimentaire de 5000 francs qui ne fut payée qu’une fois[50]. CSDJ partageait alors la vie d’Ariane Hass, épouse d’un docteur Camus, avec lequel ils formaient « un ménage à trois » jusqu’en avril 1944. « En août 1943, il aurait eu un enfant de Madame Camus », poursuit le rapport de police, information véridique comme nous le verrons plus loin.

Dans une note pour le colonel Puaud, CSDJ met en cause le Lt.-Colonel Christofini pour des malversations financières et des contacts avec les milieux italiens favorables à l’indépendance de la Corse. Christofini l’aurait aussi accusé ‘d’avoir voulu rester à Tunis pour attendre l’arrivée des Américains’». Sans doute est-ce pour répondre à de telles accusations que, selon un rapport de police, CSDJ aurait écrit dans une lettre privée, adressée à un de ses anciens chefs, que « son activité avait pour but de lutter contre les principes de la démocratie et qu’il était lui-même un administrateur agissant des théories Nationales-Socialistes»[51].

Selon un rapport du BCRA, CSDJ aurait été chargé par Laval de monter, avec un général et d’autres officiers, la mission Hannibal destinée à rechercher des renseignements en Afrique du Nord. Parachutés à Oujda dans la nuit du15 octobre 1943, les 3 officiers chargés de cette mission seront rapidement arrêtés[52].

Signal, la revue de la Luftwaffe, rend hommage à des combattants français auprès de l’Axe, source : Revue Signal

Signe marquant de la reconnaissance allemande, la Revue Signal, bimensuel de propagande de la Luftwaffe, publie dans son N° des 1-15 septembre 1943, un article d’hommage : « Combattants français de Tunisie et du front de l’Est à l’honneur », où figure la photo du lieutenant-colonel d’aviation du Jonchay qui « s’est particulièrement distingué lors des combats de Tunisie ».  

Un chauffeur « sulfureuse » !

Une relation vient ajouter une touche de mystère à l’histoire de CSDJ dans cette période. Son chauffeur n’est autre que la sulfureuse Violette Morris (1893-1944), personnage que l’on pourrait croire tirée d’un roman[53]. Fille d’un officier de cavalerie ayant servi en Algérie, relation probable du Général du Jonchay, elle sert comme ambulancière et estafette pendant la guerre. Elle est ensuite une athlète reconnue, pratiquant aussi bien la boxe que le lancer du poids, le foot que le waterpolo, avant de s’adonner aux sports mécaniques, une activité qui culmine avec sa victoire au Bol d’Or automobile à Fontainebleau, en juin 1927.

Violette Morris, vainqueur du Bol d’or automobile en 1927, devant l’obélisque de Fontainebleau, source: Le sport universel illustré, via Gallica.

La carrière sportive de Violette Morris tourne court à la suite de son exclusion par la Fédération sportive française féminine qui lui ferme la possibilité de disputer les Jeux Olympiques de 1928, les premiers ouverts aux femmes. Deux raisons fondent cette exclusion : son homosexualité et le fait qu’elle porte des pantalons. Elle se reconvertit alors en tenant un garage et magasin d’accessoires automobiles, porte de Champerret. Avec son amie, la comédienne Yvonne de Bray, elle vit alors sur une péniche, La Mouette, où elle fera à nouveau l’actualité en abattant au revolver un légionnaire qui cherchait à s’introduire sur la péniche. Le couple aurait inspiré la pièce de Cocteau, ‘Les monstres sacrés’, donnée en 1940.

C’est en 1934 qu’elle aurait découvert l’Allemagne d’Hitler en compagnie de l’ancienne athlète Gertrud Hannecker, dont le mari travaillait pour le service de renseignement du parti nazi. Dès l’été de 1940, on la trouve à Vichy, engagée dans des activités de collaboration mal définies. En 1942, elle se trouve, Boulevard  Pershing, à la tête d’un garage réquisitionné au profit de l’industrie aéronautique allemande.

Facture du garage du ‘Groupement automobile du Reich’, source: AN via MJ Bonnet

Son rôle auprès de CSDJ est attesté par des autorisations de circulation, pour son véhicule dont l’utilisateur déclaré est le  lt.-colonel du Jonchay, qui utilisait en particulier cette Simca pour ses déplacements entre Paris et Vichy. En mars 1944, une déclaration de vol, rédigée sur l’autorisation de circuler, est l’occasion d’une nouvelle attestation de cette activité.

Signée du Jonchay, la déclaration de vol de la Simca de Violette Morris, source: AN, dossier judiciaire

Au vu de sa relation avec CSDJ, on relève en particulier ce renseignement, relaté par un informateur du BCRA : « Fin décembre 1943 Violette Morris, habillée en home à son habitude, s’est présentée à l’usine SNCASO à la Bocca (Cannes) à la tête d’une commission de réquisition allemande (officiers et Gestapo 6 à7 personnes). Elle déclare au Directeur M. Fandeux : ‘vous avez 120 tonnes de produits non-ferreux, 30 tonnes de produits ferreux, 13 à 15000 litres d’essence’. Sur ce, la Commission Allemande présente, réquisitionna et fit enlever immédiatement par camions les ¾ des matières premières et la totalité de l’essence »[54].

Personnage scandaleux, engagé dans une collaboration étroite, Violette Morris est qualifiée de « Hyène de la Gestapo » par  l’historien de la Résistance R. Ruffin[55]. Cette image est cependant contestée par Marie-Josephe Bonnet, historienne spécialiste de l’homosexualité féminine et de l’Occupation,  dans son ouvrage ‘Histoire d’une scandaleuse’. La réputation sulfureuse de Violette Morris, transgressant avant l’heure les normes de la condition féminine, aurait conduit à noircir à l’excès le tableau. C’est pourtant à la suite de son exécution sur ordre par le Maquis Surcouf, le 26 avril 1944, près de Beuzeville, sur une route de Normandie que nous retrouverons CSDJ en relation avec les autorités de police allemandes.

Trois documents accablants

A côté des diverses mises en cause plus ou moins précises déjà évoquées, nous pouvons toutefois relever trois documents accablants, dont un seul figure dans le dossier de la procédure de 1946, l’un atteste de son activité de recrutement auprès des prisonniers, et deux de relations étroites avec la SS.

 Écoutons d’abord le futur colonel Debray : « C’est dans cette période [précédant ma libération] que j’eus la surprise un jour d’être appelé à la Kommandantur. Je  fus introduit dans une pièce où je vis un officier allemand et un civil qui tout de suite, chaleureux, s’avança vers moi et je fus stupéfait de reconnaître Christian du Jonchay -un petit-fils du général de Sonis- cousin issu de germain de mon beau-père. Les journaux allemands et le ‘Petit Menteur’ avaient beaucoup chanté ses louanges à propos de la Tunisie où il s’était engagé à fond à côté des Allemands. On en avait beaucoup parlé parmi les prisonniers, mais connaissant sa conduite en 14, où à 14 ans il se battait dans les rangs des goumiers algériens, avait été blessé, eu la Croix, s’était après 18 battu et avait été blessé à nouveau en Syrie, sachant qu’il avait épousé une américaine, je ne pouvais croire qu’il avait trahi et je pensais qu’il y avait une affaire cachée que l’on ne pourrait connaître qu’après la guerre.

Et puis voilà qu’il était devant moi, qu’il me présentait à l’officier allemand dont je ne pris pas la main […] Discret, mais pas trop, l’Allemand s’était approché de la fenêtre et nous restâmes face à face. Sans que je comprenne bien de quoi il retournait exactement, il me sembla que, vantant la générosité des Allemands, il m’invitait à le reconnaître en m’engageant à leurs côtés. Je me contentais de lui dire ‘que n’étant pas, lui et moi, du même côté des barbelés, nous ne pouvions avoir les mêmes sentiments’ et comme il me faisait remarquer que je risquais d’être encore longtemps derrière ces barbelés je lui répondis que ‘non, justement j’allais rentrer comme malade’ !-et là-dessus nous nous quittâmes. Et j’eus le lendemain la clef de cette entrevue : un journal allemand parlait du recrutement de Waffen SS français pour prendre part à la défense de la civilisation contre le communisme ! Je crois que cette entrevue est restée mon plus pénible souvenir de cette période –avoir vu l’avilissement d’un homme qui avait été un authentique héros…»[56].

Dans une note de février 1944, CSDJ relaie une demande du Sturmbannführer [commandant] SS von Aichinger[57] de voir recruter, parmi « une petite élite provenant surtout de milieux universitaires », des cadres français pouvant remplacer l’encadrement allemand de jeunes recrues qui « font preuve d’un esprit et d’une discipline parfaite »[58]. Pour explorer les moyens de donner suite à cette demande, CSDJ organise une rencontre entre l’officier SS et le ministre de l’éducation, Abel Bonnard, dont il connait « la jeunesse de sentiment et l’ardeur combative ».

Former des cadres pour les Waffen SS français, source : AN dossier procédure

Un troisième document accusateur fait suite à la disparition de Violette Morris.  Il est normal que CSDJ ait suivi l’affaire de l’assassinat de son chauffeur. Rien d’étonnant non plus qu’il ait connu Max Knipping (1892-1947) au vu du curriculum de cet ancien pilote : après de brillants services de guerre dans l’aviation, Knipping est embauché par Latécoère, participe aux débuts de l’Aéropostale, puis devient pilote d’essais, remportant divers records, en particulier en octobre 1927 sur Caudron C109. Il se retire en 1933 avec  5200 heures de vol. Mobilisé comme capitaine au GB II/12 en 1940, il rejoint la milice en 1943, puis est nommé délégué général au maintien de l’ordre en zone nord en février 1944, adjoint donc de Joseph Darnand[59]. Plus gênante, une note du 10 juin à l’attention de ce M. Knipping atteste à cette occasion des relations de du Jonchay avec les services allemands de la Rue des Saussaies. « Je vous confirme que le docteur Krause, des services SS de la Rue des Saussaies[60], m’a téléphoné ce matin en me confirmant les renseignements que j’avais eu moi-même de M. Bucard[61], et dont je vous avais fait part ».

Un courrier bien compromettant, source: archives du Ministère de l’Intérieur, via M.J. Bonnet, Violette Morris

En juin 1944, dans ces semaines où le succès du Débarquement sonne le glas prochain de la présence allemande, les évènements se bousculent pour CSDJ : sa promotion comme Lt.-colonel confirmée, son divorce prononcé, l’assassinat impuni de son chauffeur, constituent autant de signes de perspectives qui s’assombrissent et de prémices de la débâcle qui approche.

LE PROSCRIT

Avec la libération,  CSDJ devient un proscrit aux yeux des autorités françaises qui le recherchent activement, et vont s’efforcer d’obtenir son extradition. Une nouvelle phase s’ouvre alors pour cet ancien ‘héros de légende’, du périple de l’exilé au bénéfice de l’amnistie.

Une Suisse accueillante, de justesse… 

Avec l’effondrement du gouvernement Laval le 19 août 1944, tandis que les responsables de Vichy se regroupent à Sigmaringen, c’est en Italie du nord que nous retrouvons du Jonchay, avec ses partenaires de Tunis, Rahn et Guilbaud. A ce moment, rapporte la compagne de ce dernier, « Guilbaud est, d’ores et déjà, le personnage numéro un des Français du nord de la péninsule. Il se déclare ministre plénipotentiaire du Gouvernement en exil, accrédité auprès de Mussolini…Je n’en crois pas mes oreilles ! Quinze jours plus tôt, j’ai quitté à Baden-Baden un réfugié politique, semblable à d’autres […] et je retrouve un homme en place, un diplomate en fonction ! il s’est déniché une mission sur ordre de Laval »[62].

Le 26 octobre 1944, c’est le « Lieutenant-Colonel aviateur de réserve, Comte Sarton du Jonchay, Christian, Noël, Marie, Aimé, commandeur de la Légion d’honneur » qui signe une « Note de Renseignement », à l’attention des autorités suisses: « Je demande l’Hospitalité de la Suisse, jusqu’au moment où je pourrai rentrer en France sans m’exposer à être immédiatement passé par les armes ». Ce texte nous éclaire sur l’activité de CSDJ dans les mois passés, mais aussi sur sa situation personnelle.  d’abord la relation des évènements, rare témoignage sur une période troublée :

« Chargé de mission par le gouvernement français auprès de l’Ambassade du Reich en Italie [donc auprès de l’Ambassadeur Rudolf Rahn, déjà rencontré en Tunisie][63]. J’étais en Suisse lorsque les Allemands ont forcé le Maréchal Pétain à quitter Vichy contre sa volonté, et ont également emmené vers Belfort le Président Laval.

L’ambassadeur Rudolf Rahn, interlocuteur privilégié de du Jonchay, décoré par Hitler en juin 1943, source: ww2gallery

Désirant rendre compte de ma mission au Maréchal et au président Laval, je suis rentré en Italie le 25 août, pour rejoindre la France. L’Ambassadeur du Reich a autorisé mon voyage vers Belfort, mais le Ministère allemand des Affaires étrangères m’a forcé d’aller à Berlin, au lieu de Belfort, lors de mon passage à Munich, le  4 septembre. Resté à Berlin quelques jours, j’ai su par l’Ambassadeur Scapini[64] la création d’un ‘Comité de gouvernement français’ présidé par M. de Brinon, le 7 septembre. Je n’ai pu, malgré mes efforts, voire le Maréchal, ni même M. Laval, et j’ai profité de la ‘Bescheinigung’[ ]  de l’Ambassade en Italie pour retourner dans ce pays, dans l’intention de passer en Suisse où est ma famille.

J’ai fait une demande régulière de rentrée, entre les mains du Consul Général Brenni, que j’ai vu plusieurs fois. La réponse n’était pas arrivée le samedi 30 septembre et le 1er octobre le ‘Corriere della Serra’ donnait un communiqué officiel, montrant que les Allemands reconnaissaient le ‘Comité de Brinon’ comme représentant légal du Maréchal Pétain. J’ai des raisons de penser que ce n’est pas exact  et, si je suis resté fidèle au Maréchal, je ne veux pas risquer de servir ce Comité.

Depuis le 20 septembre, j’avais pris congé de l’Ambassadeur du Reich auprès duquel j’étais accrédité ». Suit le récit de trois tentatives de franchissement de la frontière, légaux mais infructueux, avant que « Jeudi 5 par très mauvais temps, j’ai décidé alors de me présenter au barrage suisse d’Arogno ».

« Mes ressources en Italie sont épuisées mais j’ai de l’argent en Suisse. Je ne veux pas me mettre à la disposition du ‘Comité Brinon’. Je veux encore moins être entretenu par les Allemands, ce qui serait contraire à l’honneur.

Je ne peux pas rentrer en France, étant sous le coup d’une condamnation à mort par contumace, prononcée par le Tribunal du Comité d’Alger pour mon activité en Tunisie, où j’étais Directeur du cabinet de l’Amiral Estéva, résident général de France ».

Cette note nous renseigne aussi sur la situation personnelle de CSDJ : « J’ajoute, sur le plan personnel, que je dois épouser une jeune femme actuellement en Suisse, d’origine suisse, mère d’un enfant d’un an et demi qui est mon fils. Etant précédemment marié et le divorce n’étant intervenu que depuis trois mois, je n’ai pu encore faire les formalités nécessaires pour reconnaître mon enfant ». En fait, compte tenu des circonstances et de la complexité de sa situation juridique, ce n’est pas avant 1977 que cet enfant, un garçon, verra sa parenté effective reconnue par l’état civil français[65].

Instructive également est la liste de personnalités indiquées comme pouvant donner des renseignements. A côté de Paul Morand, Jean Jardin et du Colonel Thiébaut, représentants accrédités du gouvernement de Vichy, on y   trouve « même M. de Jenner, conseiller du Département Politique fédéral qui m’a reçu le 24 août, ainsi que le Colonel  Clerc, chef du Département de l’Aéronautique ». Pour qui n’est pas familier avec les structures gouvernementales suisses, notons que de Jenner est de fait le ministre fédéral de la police et de la justice, qui exercera en 1945 les fonctions de président de la Confédération.

Un courrier de Maître Vernet, l’avocat de du Jonchay, à de Steiger le 14 novembre 1944 constitue le véritable plaidoyer qui n’a jamais été prononcé, puisque les jugements français, prononcés par contumace, ne comportaient pas de plaidoirie de la défense. On y trouve en particulier les éléments légitimant sa mission en Tunisie évoqués plus haut. Pour autant, en décembre, un dossier de police suisse atteste d’une position déterminé du service concerné :

« M. Fischli m’informe qu’à la suite d’un premier ordre de refoulement pris personnellement par M. le Conseiller fédéral de Steiger, il a été sursis à cet ordre [de refoulement] pour un examen du cas par les autorités du Ministère public fédéral à la suite de l’intervention de divers personnages suisses influents et en particulier de certains avocats. Après consultation du Ministère public fédéral qui donne un avis absolument négatif, un second ordre de refoulement a été pris par ordre de nouveau personnel de M. le Conseiller fédéral de Steiger. L’exécution de cet ordre n’a pu être liquidé, car l’intéressé est tombé malade. A l’heure actuelle, il se trouve dans une clinique et est soumis à à un examen médical fait par un médecin militaire suisse . Si l’examen médical est négatif, le Lt. Colonel du Jonchay sera immédiatement refoulé sans autre forme de procès. S’il est positif, il sera soigné jusqu’à rétablissement puis il sera refoulé. La division de police est absolument formelle. Les enseignements qu’elle a pu recueillir sur le Lt.-Colonel du Jonchay sont extrêmement défavorables, il est considéré par les autorités suisses comme collaborateur personnel du Président Laval, n’ayant en aucune façon dépendu du Maréchal Pétain. Il a été placé à titre personnel par le Président Laval à la disposition de l’Ambassadeur Rahm [sic] qui se trouvait auprès des autorités néo-fascistes et a servi d’homme de liaison et de courrier entre l’ambassadeur Rahm, les néo-fascistes et le Président Laval. Les Autorités suisses considèrent que c’est un homme absolument indésirable »[66].

Le pire de cette note tient aux remarques complémentaires, dont il ressort que, passant outre aux interventions, le conseiller de Steiger « avait déjà pris et, sous son entière responsabilité les dispositions nécessaires au refoulement de ce réfugié qu’il considère comme particulièrement dangereux ». En conséquence, un certain « RGV » informe Burckhart que « la lettre que vous aviez l’intention d’écrire au Dr. Rothmund[67] n’a plus d’objet, car elle ne pourrait en tous les cas pas changer la décision qui a été prise définitivement et vous ferait faire une démarche inutile dans un cas bien scabreux ».

En décembre, CSDJ passe bien près de l’extradition. « Il est avisé le 13 courant par l’intermédiaire de la police territoriale tessinoise, que la Suisse refusait de lui donner asile et qu’il était invité à préciser à quel point de la frontière il désirait être conduit »[68]. Les démarches s’accélèrent alors.

Ayant ou non connaissance du courrier lui conseillant de s’abstenir, le président du CICR,  Carl Jacob Burckhardt envoie directement son courrier au supérieur de Rothmund, le Conseiller de Steiger, alors président de la Confédération pour 1945. Combinée au temps gagné par des démarches médicales engagées dès le 15 décembre, cette intervention devait sauver Christian du Jonchay de l’extradition.

Carl Burckhardt, du CICR, le ‘sauveteur’ de du Jonchay, source: wikipedi

La lettre de remerciement adressée le 21 janvier à Burckhardt par CSDJ laisse peu de doute sur le rôle déterminant de l’intervention du président du CICR. « Maître Raymond Vernet, qui est à la fois mon conseil et mon ami, m’a prévenu depuis dix jours que votre intervention personnelle auprès de M ; le Président de Steiger avait réussi à fléchir la décision de ne pas m’admettre en Suisse en raison de l’étiquette ‘Collaborationniste’ attachée à mon nom […] Ce qui importe, c’est que l’asile que j’espérais trouver provisoirement dans votre Patrie, par tradition si secourable et si noblement hospitalière, ne me soit pas refusé. Ce point est acquis, et c’est à vous, Monsieur le Président, que je le dois »[69]. R. Vernet écrit pour sa part à Burckhard: « Je ne puis vous exprimer comme je voudrais savoir le faire mon infinie gratitude et celle du Colonel du Jonchay et de ses proches. Ainsi que je vous l’écrivais, votre intervention était notre suprême espoir. Et espoir a été comblé. Veuillez recevoir ici l’hommage de ma totale reconnaissance »[70]. Certes, CSDJ aurait pu demander d’être extradé vers l’Allemagne ou l’Italie, et retrouver là une filière vers l’Espagne, comme le fera Jacques Guérard, refoulé par les Suisses, ainsi qu’il le rapportera : « Resté à Paris le 17 août, après avoir pris congé du Président [Laval], je passai en Suisse à la fin d’octobre. Des circonstances imprévues ne me permirent pas d’y rester et nous réunirent à nouveau de décembre à mars, dans la résidence forcée de Sigmaringen »[71]. L’accès à une filière d’évasion vers l’Espagne en avril 1945 n’était cependant pas assuré pour un personnage moins important que Guérard ou Guilbaud et du Jonchay aurait couru un risque sérieux de se retrouver entre les mains des Alliés, et donc de la justice française.

Les représentants français font preuve d’insistance auprès des autorités suisses. En mars 1945, dans une lettre personnelle et confidentielle à Jacques Soustelle, le Colonel Mantout, chef du Service de Recherche des criminels de guerre, écrit « la question se pose de savoir si le cas du Lt-Colonel du Jonchay ne doit pas être considéré comme une question de principe qui va régler nos rapports futurs avec la Suisse pour la livraison des criminels de guerre.  En effet, si dans un cas aussi précis et aussi bien établi que celui de Sarton du Jonchay, les Autorités Fédérales se refusent à tenir les promesses faites, en votre présence, par Mr. Knecht, nous devons en prendre bonne note et nous refuser à perdre plus longtemps notre temps […] D’un dossier très confidentiel que j’ai obtenu, il résulte que Sarton du Jonchay a bénéficié en Suisse de recommandations exceptionnelles et qu’en dépit de l’avis de la Police fédérale, M. le conseiller Steiger, chef du Département Police et Justice a pris la décision de laisser du Jonchay séjourner en toute quiétude en Suisse »[72]. Suit une liste de ces personnalités, françaises d’abord : Paul Morand, ex-ambassadeur de France, Jean Jardin, chargé d’affaires de France à Berne, Cel. aviateur Thiébaut, attaché de l’Air, puis personnalités suisses : de Jenner, conseiller au Département politique fédéral, Cel. Clerc, chef du département de l’Aéronautique, Paul Martin, du CICR, Carl J. Burckhardt, chef du Comité International de la Croix-Rouge, de Graffenried, secrétaire de M. Burckhardt. Le 26 juin, le chargé de mission du Garde des Sceaux écrit encore au Président von Steiger : « Le service de recherche des criminels de guerre n’ignore pas que M. Sarton du Jonchay bénéficie de l’hospitalité de votre pays, alors qu’il figure sur la liste des criminels de guerre[73], comme il vous en a été précédemment rendu compte. La comparution de M. Sarton du Jonchay devant la justice française s’avère indispensable à la veille du procès qui doit s’ouvrir à l’encontre de ses anciens subordonnés ». A défaut d’aboutir à l’extradition demandée, ces démarches ont pu empêcher l’intéressé de bénéficier d’un asile permanent en Suisse.

Pendant ce temps, après quelques mois d’une vie sociale surréaliste, la petite communauté des français abrités par la RSI se dissout avec l’effondrement de l’armée allemande d’Italie, comme le relate Maud de Belleroche : « Le 1er avril 1945 ne fut pas un poisson de papier mâché pour les habitants de notre ambassade de pacotille…Il sonna le glas de notre survie délirante. Guilbaud, le responsable de ces Français en détresse, de surcroît mon époux devant les hommes, sinon devant Dieu, venait de s’envoler via Barcelone, sans tambours ni trompettes »[74]

Procès et condamnations

CSDJ est l’objet d’un mandat d’arrêt décerné le 13 décembre 1945 par M. Lagier, juge d’Instruction auprès de la Cour de Justice de la Seine. Par décret du 21 mai 1946, pris en application du jugement de Tunis, il est rayé des cadres à compter du 31 janvier.

Selon l’arrêté de renvoi devant la Cour de Justice de la Seine, « Noël Sarton du Jonchay, qui parait n’avoir exercé jusqu’en 1940 aucune activité politique, se révéla, sous l’occupation ennemie, et principalement à partir de 1941, un collaborateur acharné et offrit un concours total et effectif aux autorités allemandes»[75]. On note que la mise en cause pour intelligence avec l’ennemi concerne essentiellement les faits intervenus en Tunisie de décembre 1942 à mai 1943, ce qui explique que les documents et témoignages réunis n’apportent pratiquement pas d’indications sur les actes éventuellement répréhensibles commis dans les périodes antérieures et ultérieures. La procédure de jugement par contumace, le 11 octobre 1948, par la Cour de Justice de la Seine, 10ème sous-section, est expéditive. Après la prestation de serment par les quatre jurés titulaires et les deux jurés suppléants, intervient une série d’actes de procédure ayant pour objet de constater que le prévenu absent s’est bien vu notifier sa convocation. « Après quoi, M. le Commissaire du Gouvernement a développé les charges  qui appuyaient l’accusation et a requis l’application de la loi pénale. M. le Président a prononcé que les débats étaient terminés, il a donné lecture des questions auxquelles la Cour aura à répondre ». Le président et les quatre jurés composant le jury de jugement s’étant retirés pour délibéré, puis ayant repris place en séance publique, le Président a prononcé l’arrêt condamnant à la majorité -ce qui signifiait qu’un membre au moins du jury ne s’y était pas associé- « par contumace, le nommé Sarton du Jonchay Noël à la peine de mort » ainsi qu’à l’indignité nationale, à la confiscation de ses biens et aux frais envers l’Etat.

Le 22 novembre 1948, par arrêté du général [Paul] Dassault, « est suspendu de plein droit à partir de la date de sa condamnation, de l’exercice des droits et prérogatives attachées à la qualité de membre de la Légion d’Honneur ».

Espagne, Argentine, Espagne, le périple d’un exilé

On peut penser que les autorités suisses, ayant accordé l’asile à cet officier proscrit en France, ne tenaient pas à voir se prolonger son séjour. CSDJ semble avoir suivi l’itinéraire classique d’exilés de son profil. Avec la protection du Vatican, il devait passer un certain temps dans un monastère du nord de l’Italie, avant d’être exfiltré vers l’Espagne. Un témoignage familial atteste qu’il a bénéficié de ce dispositif résultant d’une coopération entre le Vatican et les autorités américaines, avec le concours du CICR, et d’organisations suisses et autrichiennes. L’étape suivante le voit séjourner en Espagne, jusqu’en 1949, au dire d’un témoignage familial. Relevons une difficulté avec cette  date, pourtant confirmée par ce témoignage : Du Jonchay est régulièrement cité pour avoir obtenu, en 1951, avec Jacques Guérard, un office funèbre en la mémoire du Maréchal Pétain, ce qui suppose sa présence en Espagne à cette date. « Cet office est célébré avec solennité dans la chapelle Royale de la Cathédrale [par l’évêque, Monseigneur Ségura] alors que l’ambassade [de France] a obtenu que les autres cérémonies se déroulent dans une chapelle privée ou se limitent à une messe basse »[76].

A la suite de ce premier séjour espagnol, CSDJ rejoint l’Argentine où il sera employé par l’administration Peron[77], pour laquelle Georges Guilbaud travaillait depuis 1946. En effet, nous rapporte Maud de Belleroche, « prenant le taureau par les cornes, si j’ose dire, Guilbaud [en proie à des difficultés financières] décida d’émigrer en Amérique du sud et obtint, de phalangistes bien en cour, nos passeports au nom de sa mère Degay et des visas pour l’Argentine […] Ensuite, Georges ayant promptement rétabli ses finances, ce dont j’étais convaincue d’avance (il devint conseiller administratif de Peron et échafauda une fortune confortable en moins d’un an, je gagnerais à mon tour Buenos-Aires »[78]. Selon Eric Conan, « Guilbaud se lança au milieu des années 1950 dans les activités financières où il excellait, en travaillant avec la maison de change piano»[79]. Il devait finir sa vie en Suisse, où du Jonchay lui rendait visite.

Parmi les rares informations sur ce séjour argentin, nous savons seulement que CSDJ y avait obtenu son brevet de pilote civil. L’avionneur Emile Dewoitine était alors une personnalité marquante de la communauté française dans le pays[80]. Sachant que du Jonchay lui rendait également visite à Montreux, en Suisse, dans les années 1960[81], il est probable qu’il figurait également parmi ses relations d’exil.

Emile Dewoitine à son bureau à Buenos-Aires, source: L’Express 1993

CSDJ devait retourner en Espagne en 1956. Otto Skorzeny, le fameux chef de commando auquel Hitler confiait les missions les plus délicates, comme la libération de Mussolini, lui procure alors un emploi peu contraignant dans la filiale espagnole de la Klöckner Humbold Deutz dont il est un directeur[82]. Anecdote significative de la vie de cette communauté d’émigrés, CSDJ se plie au rite du thé à l’Hotel Palace de Madrid à l’invitation du roi déchu Carol de Roumanie, qui avait admiré sa présentation du Caudron C690 quelques 20 ans auparavant. Parmi ses relations régulières figure aussi Abel Bonnard, ancien ministre de l’éducation qu’il avait mis en relation avec le commandant SS désirant recruter de jeunes diplômés français pour l’encadrement de la Division Charlemagne[83]. « Les archives d’Abel Bonnard, aujourd’hui incomplètes et dépréciées, sont passées dans une multitude de mains », relève Olivier Matthieu, disciple de l’académicien, « [parmi lesquelles celles de] l’aviateur Christian du Jonchay et d’autres Français encore à Madrid ; Jacques Guérard; Paul Morand… »[84]. Un madrilène se souvenait de l’ancien ministre comme ce « monsieur aux cheveux blancs, qui tous les matins, buvait un petit verre de vin blanc Chez Sixto et, le soir, allait au Ritz avec Skorzeny…»[85], parfois peut-être aussi avec du Jonchay ?

Une relation d’exil, Abel Bonnard, ancien ministre de Laval, source: wikipedia

Jacques Guérard, l’ancien directeur du cabinet de Laval, ‘mauvais génie’ de CSDJ aux yeux de certains, est parmi les premiers à tenter sa chance en rentrant en France dès 1955. Au terme d’un procès qui voit témoigner en sa faveur diverses personnalités, en particulier  du monde de la Banque et de l’Assurance, il est l’objet d’une condamnation symbolique, retrouve rapidement sa liberté et peut engager une nouvelle carrière qui le verra à la tête de grandes compagnies d’assurance.

L’indulgence dont a bénéficié Guérard, avec le désir de se rapprocher de son fils, est sans doute ce qui conduit CSDJ  à tâter le terrain en vue d’un éventuel retour en France. Telle peut être l’origine de courriers du 3 juillet 1956, puis du 16 mai 1958, du Ministre de la Défense Nationale demandant le dossier de procédure ayant conduit à la condamnation du 11 octobre 1948[86].

Retour en France-dernières années

C’est par lettre du 20 février 1959, écrite de Madrid, que CSDJ sollicite du Général De Gaulle, président de la République, le bénéfice des mesures d’amnistie prévues par l’ordonnance n° 59-199 du 1er février, qui stipule, dans son article 6 que : « Peuvent être admises par décret au bénéfice de l’amnistie des personnes poursuivies ou condamnées par contumace pour faits de collaboration […] à condition qu’elles n’aient pas, par leurs agissements sciemment exposées ou tenté d’exposer quiconque à des tortures, à la déportation ou à la mort». Dans ce courrier, CSDJ revient bien sûr sur ses titres de service, et argue des intentions louables qui l’ont guidé pendant l’occupation. Relevons quelques passages de ce plaidoyer, dans lesquels il tente de justifier son action[87].

« Mon passé prouve l’amour que, de toute ma vie, j’ai porté à la France. C’est cette dévotion à ma patrie qui m’a poussé à continuer à ‘servir’ après l’armistice de 1940.Les circonstances ont démontré que je me suis trompé sur la voie à suivre, mais mon erreur a été de fait, et non d’intention, bien au contraire. En effet :

  1. Bien que blessé, j’ai contribué à sauver et à amener en Afrique du nord, en fin juin 1940, un certain nombre d’avions Glenn Martin récemment arrivés des Etats-Unis et bloqués à Toulouse.
  2. Affecté au Groupement de Bombardement du Maroc, j’ai été rappelé à l’EMG en raison de mes connaissances de l’Allemand, pour être officier de liaison près d’une commission de contrôle d’Armistice, en août 1940, à Chalons s/Saône.
  • En octobre 1940, j’ai été envoyé à Paris pour préparer les discussions avec les Allemands au sujet des Sociétés Nationales de Construction Aéronautiques. Je me suis efforcé de défendre les intérêts de notre industrie et restai ensuite, jusqu’en novembre 1942, au ‘Comité d’Organisation de l’Industrie Aéronautique’ à Paris’
  1. Envoyé en mission à Tunis, pour consolider les relations entre le Bey alors régnant et la Résidence générale de France, l’Amiral Estéva me nomma directeur de son cabinet, puis, provisoirement, Délégué à la sécurité de la Régence. J’ai rempli ces fonctions dans la loyauté que je devais à mes chefs du moment. C’est cette période de mon existence qui m’a valu d’être condamné à mort pour trahison ».

CSDJ prend au passage le soin de préciser que «quelques soient les accusations formulées contre moi, je n’ai jamais, par aucun agissement, ’sciemment exposées ou tenté d’exposer quiconque à des tortures, à la déportation ou à la mort’», et qu’il ne doit donc pas se voir opposé la condition restrictive de l’article 6.

La décision d’amnistie est prise en deux temps : par décret du 19 octobre 1959, pour la condamnation du tribunal de la Seine, et le 14 mars 1960 pour les condamnations du Tribunal Militaire de Tunis des 15mai 1943 et 28 janvier 1946. En conséquence, le Parquet adresse le 28 octobre en note pour la Compagnie de Gendarmerie de la Seine un « Avis de Cessation de recherches ».

Selon un témoignage familial, lors de son premier retour en France, à Toulouse Blagnac, du Jonchay est accueilli au bas de la passerelle de son avion par Marcel Dassault venu en personne dans sa Cadillac, et il interpelle familièrement cet ami devenu paradoxal. Il va dès lors se partager entre la France et l’Espagne. C’est d’ailleurs à Gibraltar qu’il se remarie en août 1964.

CSDJ, alors âgé de 75 ans, retrouve des personnalités de l’aviation française à l’occasion des obsèques du général Stehlin[88]. Il a laissé à ce sujet une note autographe, rédigée à Madrid, qui n’est pas sans intérêt :

« J’étais le 26 juin dernier sorti de l’hôpital pour aller aux Invalides aux obsèques du gal Paul Stehlin. Deux ingénieurs généraux de l’Air Jean Volpert[89] et Joseph Roos[90] étaient avec moi. J’ai dit à ma femme lui montrant la Grand-Croix du général sur son coussin de velours : ‘Rien ne vous empêchera, si je meurs avant vous, de mettre ma croix de Commandeur, mes quatre croix de guerre avec 11 citations de 1914 à 1940. Mettez aussi l’insigne brution [du Prytanée de La Flèche]’ ».

Note autographe du 15 août 1975, source: archives famille du Jonchay

La note poursuit : « Paul Stehlin avait [l’insigne 9106A] Promo 23 [du Prytanée]. J’étais déjà commandant en retraite en 1936 [en fait, en 1938] quand je suis allé avec lui chez Goering. C’était l’année où les Allemands montraient leur aviation au gal Vuillemin. J’étais pilote du Baron de La Grange venu à Berlin comme Président de l’Aéroclub de France ».

Du Jonchay devait engager plusieurs démarches pour être réintégré dans l’ordre de la Légion d’Honneur. Il reçoit pour cela le soutien de plusieurs personnalités, parmi lesquelles l’ambassadeur Jean Binoche, ancien secrétaire général du gouvernement tunisien (1941-1943), qui écrit dans ce sens au Grand-chancelier une lettre minimisant la responsabilité de du Jonchay. Surtout, l’Amiral Jozan, camarade de promotion du Prytanée[91], qui a fait partie du Conseil de l’ordre, lui écrit dans le même sens : « J’espère que les calomnies qu’on a colporté sur ton compte seront un jour démasquées. Le motif de ta mission à Tunis est en effet valable, vu que Si Mohamed était un vieux camarade brution»[92].

En 1975 également, l’auteur d’un historique de la Phalange Africaine atteste de la fidélité de CSDJ à ses engagements : « Longue vie et prospérité au Colonel Christian Sarton du Jonchay, héros des deux-guerres, lequel ne manque jamais, depuis sa résidence madrilène, comme au cours de ses déplacements, de témoigner amitié et fidélité à tous ceux qui l’ont connu et estimé »[93]. Parmi ces témoignages cette attitude figure cet avis, en forme de faire-part : « Rudolf Rahn[94] est mort le 10 janvier 1975 à Düsseldorf, d’une attaque cardiaque en jouant au golf, après un coup splendide. Il se tourne rayonnant vers son épouse : ‘As-tu vu cela ?’-et s’écroule le sourire aux lèvres. Je l’aimais beaucoup. Il a été splendide pour la France pendant les 5 mois de l’aventure tunisienne »[95] [sic !] .

 Un procès-verbal de la commission de réforme de septembre 1977 dresse le tableau des séquelles encourues du fait de ses blessures successives :

-Séquelle de plaie pénétrante de l’hemithorax droit, occasionnant d’importantes douleurs et gêne respiratoire ;

-Epaule ballante par pseudarthrose après resection de la tête humorale droite ;

-Désaxation cervico-dorsale par déséquilibre fonctionnel ; Fracture récente du col du fémur droit ».

Le handicap de ses blessures l’accompagne dans ses dernières années, jusqu’à son décès, à Langrune-sur-Mer, dans le Calvados, le 10 août 1987, à 4 heures du matin. Il aura néanmoins eu la possibilité de livrer ses souvenirs à différents membres de sa famille, qui ont bien voulu partager certains renseignements, nous aidant ainsi à compléter plusieurs pages de ce récit.

 

Et si…

Aussi rapide que profonde, la campagne de 1940 devait s’achever par un armistice, générateur d’une tentative de révolution nationale, réactionnaire et progressivement dévoyée, par la pression allemande mais aussi la dynamique idéologique de certains, en une collaboration militaire active avec l’adversaire. Que la lutte se soit poursuivie, du fait d’une résistance capable d’enrayer la Blitzkrieg ou  par un repli ordonné sur l’Afrique du Nord, jamais le destin de Christian du Jonchay n’aurait sombré. Aurait-il poursuivi dans un groupe opérationnel ? aurait-il retrouvé le bureau de l’état-major en charge de la mise en œuvre des avions nouveaux ? Au vu de ses mois de service de guerre, on ne peut exclure aucune de ces hypothèses, ni d’autres d’ailleurs. Aurait-il fini ses jours dans un appareil abattu par la Flak ou un Messerschmitt, ou terminé la guerre comme prisonnier, rescapé, ou dans un bureau d’un état-major ? En tout état de cause, il serait resté au nombre des héros de l’aviation française.

Les scénarios d’un autre avenir pour Christian Sarton du Jonchay sont aussi ouverts à l’imagination que le sont les uchronies envisageables d’une possible prolongation de la lutte en 1940.

Notes et Références

[1] Colonel Pierre Debray, Souvenirs (3 et 4) 1934-1940- pp. 42-43.

[2] Nous nous permettrons d’utiliser couramment ces initiales dans la suite du texte. Pour écrire cet article, nous avons bénéficié du témoignage de plusieurs membres de la famille du Jonchay, que nous remercions.

[3] P. Mendes-France, Liberté, liberté chérie (1940-1942), écrits de guerre, p.96.

[4] Cette évolution est relevée par M. Leymarie et alii, pour qui Raymond du Jonchay s’en est bien pris physiquement à Mendes, cf.  Le Maurrassisme et la culture, pp.304-305.

[5] Dominique Venner, Histoire critique de la Résistance, p. 446, aussi Simon Epstein qui revient sur l’épisode du Balima, in : Un paradoxe français, antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la résistance, p. 412,  ainsi que Ch. Rimbaud, l’affaire du Massilia : Eté 1940.

[6] Note pour 6000, dactylographiée par un officier du B.C.R., 6 août 1940, in SHD carton AI 3D121.

[7] Maurice Claisse, témoignage oral SHD.

[8] Cf. sa lettre au Général De Gaulle du 20 février 1959, in Dossier militaire SHD A1P 32572(3).

[9] Rapport Heeribout, in Dossier de procédure devant la Cour de Justice de la Seine, AN 6Z373 dossier 3911.

[10] Déposition du Préfet Philip le 5 mars 1946, Dossier de procédure précité.

[11] L’autorisation avait été sollicitée le 22. Cf. Peter F. Klemm, La production aéronautique française de 1940 à 1942, Revue d’Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale, N°107, juillet 1977, pp. 57 et 59.

[12] Patrick Facon et Fr. de Ruffray, Aperçu sur la collaboration aéronautique Franco-allemande (1940-1943), SHAA, Recueil d’articles et études  (1976-1978), p. 105.

[13] Maurice Couve de Murville (1907-1999), futur ministre des Affaires étrangères et dernier Premier ministre du Général de Gaulle.

[14] Cf. les multiples documents relatifs à ces négociations, SHD AI 3D62.

[15] Déposition de Brinon, 22 février 1946.

[16] Commandant de la Luftwaffe à Paris.

[17] Fille et gendre de Laval.

[18] Prélat, figure marquante de la LVF.

[19] Cité par Yves Pourcher, Vichy, théâtre d’ombres

[20] Pierre Constantini (1889-1986) avait combattu dans l’aéronautique en 1914-1918. Invalide à 100%, il apparait en 1941 comme chef de la Ligue Française à coté de Doriot, chef du Parti Populaire Français et Déat, chef du Rassemblement National Populaire.

[21] Krisztian Bene, La collaboration militaire française dans la Seconde Guerre Mondiale, p. 42

[22] Cf. une série de rapports adressés au secrétariat d’état à l’Air de février à mai 1942, in : dossier d’instruction Bergeret, AN 3W66/67.

[23] Note manuscrite, en tête le Secrétaire d’état [à l’Aviation], 30 mai 1942, AN 3W36.

[24] Engagé en Russie, au Danemark et en Italie, le NSKK Regiment 4, à recrutement français, a compris plus de 3000 hommes. Cf. K. Bene, op. cité, pp. 42 et 340.

[25] Bridoux, Souvenirs de Vichy  (1942-1944), non publié, AN 486AP7, cité par Jean-Christophe Notin, Maréchal Juin, pp.151-152.

[26] Benoist-Méchin, De la défaite au désastre, volume 2, L’espoir trahi, p.244.

[27] Benoist-Méchin, op. cité, p.247. Secrétaire d’état auprès du président du Conseil, Benoist-Méchin  défend alors le projet d’une véritable alliance franco-allemande contre les anglo-saxons. Il sauvera sa tête en 1945, ce qui lui permettra d’écrire une série d’ouvrages célèbres sur l’Arabie et ses souverains.

[28] Dont nous verrons le destin croiser à plusieurs reprises celui de CSDJ.

[29] Christine Levisse-Touzé, L’Afrique du Nord dans la guerre, 1939-1945, p. 345.

[30] Juliette Bessis, La Méditerranée fasciste : l’Italie Mussolinienne et la Tunisie.

[31] Télégramme de  Rahn, transmis par [Franz von] Papen d’Ankara, juin 1942, SHD dossier Bergeret, AI Z 29739.

[32] J. Guérard, Criminel de paix , p. 96.

[33] Témoignages Montety,  Poutier, n ,

[34] Lettre du 16 janvier 1943, signée : Le Directeur de Cabinet, Lt-Colonel Aviateur Christian du Jonchay, jointe à la déposition Grumbach reçue le 4 décembre 1946.

[35] Témoignage Montety, cf. infra.

[36] Témoignages Commissaire Simonpoli et Montety,

[37] Déclaration de Henri de Montety, contrôleur civil de Tunis, sans date, dossier AN Procédure.

[38] L’expression se retrouve dans le témoignage d’un proche, cité par M.-J. Bonnet, op. cité, p. 129.

[39] Roger Maudhuy, Vichy, les procès de la collaboration, p.  . Maudhuy cite de nombreuses mesures attestant du comportement d’Estéva, qui s’efforçait de limiter l’étendue et les conséquences de l’emprise allemande.

 

[40] Claude d’Abzac-Epezy, Epuration et rénovation dans l’Armée, in M.-O. Baruch (direction), Une poignée de misérables, p. 437.

[41] Pièces 37, 38 et 41 du « rapport sur du Jonchay-renseignements divers », de la procédure d’instruction.

[42] Jugement au dossier militaire.

[43] Lettre du 24 juin 1943.

[44] Yvan du Jonchay (1899-1984), ayant dû quitter la marine, sera après-guerre l’auteur de divers ouvrages de géographie.

[45] Krisztian Bene, Les archives de la collaboration militaire française, p. 283.

[46] Déposition du 22 février 1946.

[47] Déposition du 12 mars 1946.

[48] Chef militaire du réseau Alliance, contemporain de du Jonchay, engagé à 17 ans et, comme lui, sous-lieutenant à 19 ans en 1918, commandant du GR I/52 en 1940, Léon Faye est arrêté par la police de Vichy à Lyon en mai 1943. Evadé, il est arrêté par le SD allemand en septembre 1943 et assassiné à Sonnenburg en janvier 1945, à l’approche des troupes soviétiques. Cf. l’article Léon Faye sur wikipedia.

[49] Document 33, Renseignements divers, in : Rapport sur du Jonchay, dossier de procédure,  Cour de Justice de la Seine, AN, op. cité.

[50] Rapport Heeribout, ibid.

[51] Rapport du 17 juin 1943, cité par Bene, op. cité.

[52] M.-J. Bonnet, op. cité, p. 130.

[53] Les développements qui suivent sont empruntés pour l’essentiel aux ouvrages suivants : Violette Morris, Histoire d’une scandaleuse, de Marie-Josèphe Bonnet, et Emmanuel Auvray, Violette Morris, de l’héroïsme guerrier et sportif à la collaboration, in : Luc Robène (ed.), Le sport et la guerre, XIXe et XXe siècles, pp. 417-434.

[54] Cité par M.-J. Bonnet, op. cité, p. 120.

[55] Qui lui consacre en 2004 un ouvrage sous le titre significatif, « Violette Morris, la Hyène de la Gestapo ». 

[56] Colonel Pierre Debray, Souvenirs (3 et 4) 1934-1940- pp. 42-43.

[57] Von Aichinger, qui connaissait Himmler depuis 1926, était un universitaire autrichien, spécialiste de la sociologie des plantes. 

[58] Cette appréciation est étayée par le témoignage de Christian de La Mazière, officier engagé tardif dans la Waffen SS,  in Le rêveur casqué, pp.97-99.

[59] Cf , M.-J. Bonnet, op. cité, pp. 265-267 et l’article Max Knipping sur wikipedia. Knipping sera fusillé le 18 juin 1947.

[60] Krause était le chef d’une unité antiparachutage, J.M. Berlière, Polices des temps noirs, France 1939-1945.

[61] Dirigeant avant-guerre du ‘parti franciste’, collaborant avec les services allemands pendant l’Occupation,  Bucard sera fusillé le 19 mars 1946.

[62] Maud de Belleroche, Le ballet des crabes, p. 67. Maud Sacquard (1922-2017), exilée en Allemagne avec Jean Luchaire, y rencontre Georges Guilbaud, qu’elle suivra en Italie, en Espagne puis en Argentine. A son retour en France, elle épouse le baron de Belleroche en 1950. C’est donc sous le nom de Maud de Belleroche qu’elle est connue comme auteur de divers livres à succès, parfois à tonalité érotique.

[63] Et non pas directement auprès de la RSI- République Sociale Italienne, dite République de Salo, du nom de la ville d’Italie du nord où ce gouvernement s’était réfugié, fonction occupée par Georges Guilbaud. Rahn avait été nommé ambassadeur plénipotentiaire à Rome le 30 août 1943, pour ‘tenir à l’œil’ le gouvernement Badoglio, dont Hitler prévoyait la défection. Le 12 septembre, Mussolini était libéré par Skorzeny. Cf. wikiwand en Allemand.

[64] Georges Scapini (1893-1976), aveugle de guerre, chef d’une mission diplomatique à Berlin, avec rang d’ambassadeur, pour suivre les questions relatives aux prisonniers.

[65] Témoignage famille du Jonchay.

[66] Résumé d’entretien téléphonique

[67] Chef de la division de Police au Département fédéral de Justice et Police

[68] Lettre de son avocat au Conseiller de Steiger, Président de la Confédération, Palais fédéral, Berne, Express-Recommandé.

[69] Signé Lt-Col. Christian du Jonchay, Hotel Adler, Lugano, le 21Janvier 1945. AN, dossier judiciaire.

[70] Lettre personnelle en date du 10 janvier 1945.

[71] Dans son ouvrage de plaidoyer pour son ancien patron, en 1953, Criminel de Paix, p.9.

[72] Le chef du Service 205 à Monsieur de Directeur Général des Etudes et Recherches, 12 mars 1945.

[73] Notons que ce qualificatif, peut-être à usage externe, ne sera pas repris dans le dossier des poursuites engagées en France. 

[74] Op. cité, p. 141. Détail intéressant, les témoins de cet étrange mariage, qui rendait Guilbaud bigame, n’étaient autres que l’ambassadeur allemand Rahn et le ministre de l’intérieur de la RSI de Salo.

[75] Parquet de la Cour de Justice du Département de la Seine, le 7 janvier 1947, in : AN 6Z373 dossier 3911.

[76] Anne Dulphy, Les exilés français en Espagne  depuis la seconde guerre mondiale : des vaincus de la Libération aux combattants d’Algérie française, 1944-1970, Matériaux pour l’histoire de notre temps, n°67, 2002, p. 98. C’est de Séville que Guérard signe la préface de son ouvrage ‘Criminel de paix’, en octobre 1952.

[77] Témoignage famille du Jonchay

[78] Maud de Belleroche, op. cité, p.275. On trouve dans l’ouvrage précité de Pellegrin une photo de Guilbaud à Mar del Plata, en Argentine, en décembre 1951, avec deux anciens de la Phalange Africaine.

[79] Eric Conan, La cavale des maudits, L’Express, 12 août 1993, p.45

[80] Eric Conan, art. cité, p.41.

[81] Témoignage famille du Jonchay.

[82] Témoignage famille du Jonchay. Cette société produisait notamment, en Espagne, des tracteurs sous la marque Deutz.

[83] Dès 1945, Abel Bonnard s’était lié d’amitié avec Guilbaud et son épouse fantasque, Maud Sacquart, cf. Le ballet des crabes, pp. 247-249.

[84] Olivier Mathieu, Abel Bonnard, une aventure inachevée, p. 375.

[85] Ibid., p. 355.

[86] Cf. AN dossier judiciaire précité.

[87] Copie de ce courrier figure à son dossier militaire, au SHD. 

[88] Paul Stehlin (1907-1975), décédé accidentellement, avait été chef d’état-major de l’Armée de l’Air de 1960 à 1963, avant de s’opposer au général de Gaulle en tant qu’atlantiste convaincu. Il est surtout connu pour les avertissements donnés en tant qu’attaché de l’Air adjoint à Berlin avant-guerre. Sa connaissance de l’allemand et des milieux dirigeants du Reich avaient conduit Darlan à se faire accompagner par lui lors de plusieurs rencontres « au sommet ».

[89] Jean Volpert (1903-1991), directeur des constructions aéronautiques de 1935 à 1938, directeur du cabinet du gal Bergeret, secrétaire d’état à l’Air en 1940-41, et à ce titre signataire de textes contestés visant à une application stricte du statut des juifs dans l’Armée de l’Air. Après-guerre directeur général de la SEPR, qui construisait notamment les fusées du Trident.

[90] Comme directeur  du service des fabrications, Joseph Roos (1906-1987) est reconnu comme un acteur principal du sursaut de la production aéronautique au début de la guerre. De 1940 à 42, chef du Comité d’Organisation de l’Industrie Aéronautique, pour lequel travaille CSDJ, il est considéré par les Allemands comme un collaborateur réticent et un négociateur dur, qu’ils cherchent à écarter. Président d’Air France de 1961 à 1967.

[91] Edouard Jozan (1899-1981), commandait en1940 la première flottille de chasse de l’Aéronavale. Retraité comme amiral, il était Grand-Officier de la Légion d’Honneur.

[92] Lettre du 7 mai 1969, archives famille du Jonchay.

[93] René Pellegrin, op. cité.

[94] Rahn, né en 1900, fut arrêté en octobre 1945 pour son éventuelle participation à la déportation de juifs italiens et hongrois, et finalement innocenté en juin 1949.

[95] Lettre de CSDJ à R. Pellegrin, 3 mars 1975, in op. cité.

2 réflexions sur « Un héros de légende qui a mal tourné, Christian Sarton du Jonchay : II-Les heures sombres »

  1. intéressant rappel d’une époque où ses acteurs jouaient une partie
    de chaises musicales dans la pénombre en cherchant désespérément
    à distinguer le point d’équilibre entre leurs (éventuelles) convictions,
    leurs opinions et leurs intérêts.

  2. Une précision, recoupant témoignage et source écrite. Du Jonchay assiste , à la Cathédrale de Séville au mariage de la fille du chef rexiste Léon Degrelle. Selon le site « jeune Nation », « Sa naturalisation permet à Degrelle de multiplier les apparitions publiques : le 21 juillet 1962, il marie sa fille aînée, Chantal, en grand uniforme, arborant ses décorations allemandes ».
    Le port du grand uniforme d’officier général de la SS devait faire scandale, en particulier en Belgique.

    « https://jeune-nation.com/actualite/jdj/leon-degrelle-15-juin-1906-31-mars-1994.html

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