A l’origine du redressement de l’Armée de l’Air: L’humiliation et le sursaut 

 

Le 2 septembre 1937, l’éditorial de Georges Houard, dans le journal Les Ailes s’ouvrait sur ces mots:  

Editorial de Georges Houard dans Les Ailes, 2 septembre 1937

  « A quelque chose, malheur est bon, dit un proverbe. Si ce proverbe est vrai, nous pouvons espérer une conséquence heureuse de la défaite française dans la course Istres-Damas : c’est, en ayant enfin ouvert les yeux à l’opinion publique sur la situation de notre aviation, de provoquer le redressement qui s’impose » écrivait le directeur du journal de référence de l’aviation française[1].

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Une nouvelle vie pour le Gloster F.5/34: quand l’unnamed devient Guardian

Avec le Gloster F.5/34, la Grande-Bretagne disposait d’un autre chasseur de la classe du Hurricane, voir meilleur si l’on en croit les essais comparatifs rapportés par Greg Baughen[1]. Resté le chasseur sans nom –unnamed Fighter– en raison du désintérêt de la RAF, cet appareil devait devenir un incontournable des sites de jeux ou de simulation.

Nous trouvons ainsi le Gloster F.5/34-What Might Have Been en bonne place sur le blog warbirdtails.net, et l’appareil apparait parmi les chasseurs proposés aux adeptes du programme Flight Simulator. Le site sas1946.com reprend la proposition de le baptiser Guardian, désignation qui s’insère naturellement dans la lignée des  chasseurs Gloster :  Gebe, Gorcock, Gamecock, Gauntlett et Gladiator. On trouve également sur le Forum warthunder.com une discussion des potentialités de l’appareil et des scénarios dont il peut être le support privilégié. Drix relève par ailleurs l’occasion manquée qu’a constitué l’abandon de ce chasseur.

Le très large intérêt ainsi rencontré par le F.5/34 ne suffit toutefois pas à établir que cet appareil ait pu, ou du, être commandé à la place de son concurrent de Hawker. Il nous invite cependant à réexaminer la question à l’aune d’une méthodologie uchronique qui se veut plus soigneuse.

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Le Nieuport 161/165 : Un autre destin pour un chasseur d’exception

« 22 septembre 1936, en pleine paix, la France perd la maitrise du ciel » : Par ces mots, Drix suggérait qu’en l’absence de l’accident survenu ce jour, la commande du chasseur LN 161 au lieu du Morane 406 aurait changé la donne, allant à ses yeux jusqu’à donner à la chasse française la maitrise de l’air pendant  les affrontements de 1939 et 1940. Scénario limite, sans doute, mais qui introduit bien l’enjeu qu’aurait pu constituer l’adoption de cet appareil par l’Armée de l’Air. C’est cet objet d’uchronie que nous proposons d’examiner en envisageant un autre destin à ce chasseur qui était, comme nous l’avons vu,  avec son compagnon d’infortune Gloster F.5/34, l’un des meilleurs prototypes issus des programmes de 1934.

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« L’autre siècle », ou les difficultés d’une uchronie de 1914

 « Aujourd’hui, la plupart des historiens s’accordent pour considérer que la défaite française [dans la bataille de la Marne] a constitué une sorte de ‘’portail’’ du reste du XXe siècle ; il est même permis de soutenir qu’elle constitue l’origine de la situation si enviable dont bénéficie, grâce à la durable suprématie allemande, l’actuel continent européen devenu Union Européenne (UE) »[1] : Introduite en ces termes, la vision de « L’autre Siècle » que nous présentent une équipe d’historiens, essayistes et romanciers, coordonnée par Xavier Delacroix dans l’ouvrage d’uchronie éponyme a de quoi surprendre, voire choquer. Nous parait-elle convaincante ?

Au-delà d’un récit contrefactuel sur le déroulement de la bataille et l’issue de la guerre, c’est une vaste fresque d’un autre devenir du 20ème siècle sur les plans politique, culturel et social que dressent les auteurs. C’est pourtant aux aspects militaires et aux enjeux politiques les plus directement associés que s’attachera notre lecture et s’adresseront nos réactions.

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Le raisonnement contrefactuel, méthode pour la réflexion historique

« Patrick, vous ne pouvez pas me faire cela… » : Cette phrase clé est au cœur de l’ouvrage de fiction « Un diner à Bordeaux » qui, en ce mois de Janvier 2019, talonne « Sérotonine », le nouveau roman de Michel Houellebecq, au palmarès des meilleures ventes. C’est en effet par cette confidence que le président Juppé reconnait combien il est passé près d’une erreur qui aurait bien pu lui couter son élection à l’Elysée. Lors d’un diner à Bordeaux, au printemps 2013, il avait d’abord laissé Patrick Stéfanini[1] dans l’incertitude sur ses intentions, avant de comprendre qu’il le laissait ainsi libre de rouler pour un autre candidat. Heureusement, à l’heure du café, un sursaut de lucidité lui avait arraché ce cri du cœur, qui devait tout changer. Comme sa courte victoire sur François Fillon au second tour de la primaire de la droite, le  27 novembre 2016, devait le montrer, Juppé n’aurait jamais pu gagner sans l’amicale insistance de Stéfanini pour le convaincre qu’une campagne de primaire doit d’abord viser à gagner la majorité de son camp, ni  sans son efficacité dans l’organisation de sa campagne. Au-delà du succès de librairie, « Un diner à Bordeaux » devient une pièce incontournable des analyses qui s’interrogent sur l’origine du décrochage du quinquennat du président Macron, au moyen de scénarios alternatifs explorant les possibilités d’une politique de réformes dans la France d’aujourd’hui.

Il ne s’agit pas ici de filer cette uchronie politique, doublée d’une uchronie littéraire, exercice dont nous serions bien incapable. Il s’agit seulement de suggérer comment un récit contrefactuel peut être mobilisé pour nourrir la réflexion politique ou historique. Continuer la lecture