Après Versailles : Seeckt et De Gaulle, vers l’Armée de métier

En imposant à l’Allemagne une armée limitée à 100 000 hommes, le Traité de Versailles est parfois considéré comme ayant imposé une contrainte rigoureuse. Et si, au contraire, cette contrainte avait constitué la chance de bâtir une armée d’élite, à laquelle aspirait le général von Seeckt trois mois avant la notification des conditions alliées ? lui avait offert l’occasion de disposer de cette armée de métier dont le lieutenant-colonel de Gaulle voudra voir la France se doter ?

Qui sait d’ailleurs aujourd’hui que le format d’une armée professionnelle de  100 000 hommes imposée par le Traité de  Versailles procédait d’une volonté anglaise contre l’avis de Foch, prêt à concéder une armée de 200 000 hommes, pourvu qu’elle fût entièrement de conscription à service court?

Ce sont ces aspects aussi paradoxaux que méconnus des débats sur l’organisation militaires dans l’entre-guerres que nous proposons ici de revisiter. Continuer la lecture

Juin 1919, l’Allemagne face au Traité de Versailles : la tentation de la résistance

Alors que l’on commémore le centenaire de la signature du Traité de Versailles, on a bien oublié combien l’acceptation de ce traité a divisé l’Allemagne, avant qu’elle ne résigne à en accepter les termes. Fait peu connu, les velléités de résistance ont même conduit un moment à envisager la sécession d’un Oststaat– une sorte d’État libre de l’Allemagne de l’Est- refuge des valeurs prussiennes, patrimoine plus précieux que l’unité du Reich.

Nous proposons de revisiter ces six semaines, de la notification des conditions alliées le 7 mai à leur acceptation in extremis en vue de la signature le 28 juin, qui ont vu les autorités allemandes s’indigner, se déchirer, hésiter, pour finalement se résigner en écartant le rêve romantique d’une résistance sur les terres de l’Est, terreau et refuge du nationalisme germanique et de sa tradition militariste.

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Le fusil Lebel : départ précipité, relève tardive

Meilleur fusil du monde lors de son adoption, en 1887, le fusil Lebel pouvait être considéré comme dépassé cinq ans plus tard. Parti le premier dans la course aux fusils modernes de calibre réduit, utilisant la poudre sans fumée, adopté précipitamment, il conservait des dispositions qui allaient rapidement s’avérer anachroniques.

Tout a été dit, ou presque, sur l’histoire de cette arme mythique, peut-être la plus connue de celles qui ont équipé un jour les armées françaises. Revisiter l’histoire du fusil Lebel, c’est le confronter  non pas à de simples rivaux, mais bien à des familles d’armes proposées par l’adversaire d’outre-Rhin, Mauser, comme par le système Berthier, concurrent tardif et successeur national. Nous verrons alors les difficultés françaises à prendre en compte les limites du Lebel et donc à utiliser   à temps et au mieux les possibilités de relève offertes par les armes Berthier.

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« L’autre siècle », ou les difficultés d’une uchronie de 1914

 « Aujourd’hui, la plupart des historiens s’accordent pour considérer que la défaite française [dans la bataille de la Marne] a constitué une sorte de ‘’portail’’ du reste du XXe siècle ; il est même permis de soutenir qu’elle constitue l’origine de la situation si enviable dont bénéficie, grâce à la durable suprématie allemande, l’actuel continent européen devenu Union Européenne (UE) »[1] : Introduite en ces termes, la vision de « L’autre Siècle » que nous présentent une équipe d’historiens, essayistes et romanciers, coordonnée par Xavier Delacroix dans l’ouvrage d’uchronie éponyme a de quoi surprendre, voire choquer. Nous parait-elle convaincante ?

Au-delà d’un récit contrefactuel sur le déroulement de la bataille et l’issue de la guerre, c’est une vaste fresque d’un autre devenir du 20ème siècle sur les plans politique, culturel et social que dressent les auteurs. C’est pourtant aux aspects militaires et aux enjeux politiques les plus directement associés que s’attachera notre lecture et s’adresseront nos réactions.

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Novembre 1918: armistice prématuré, offensive annulée, victoire perdue ?

« En ces temps de commémoration de l’armistice de 1918, il est difficile de ne pas se poser la question, fondamentale, du caractère prématuré de l’arrêt des combats: l’Allemagne n’a pas été envahie, et avec une mauvaise foi indicible, Ludendorff pourra, nous le savons aujourd’hui, crier au coup de poignard dans le dos ! Et, au fond, c’est Pétain qui avait raison » : ainsi le directeur de la rédaction de la revue « 14-18, le magazine de la Grande Guerre » se faisait l’écho dans un éditorial, en Novembre 2009, d’une polémique marquante de l’entre-deux-guerres[1]. Continuer la lecture

Le Plan Schlieffen (1905) n’est pas ce que l’on croit

Mis à jour le 26/11/2018

L’ombre du Plan Schlieffen pèse sur l’histoire des débuts de la Grande Guerre. Si, aujourd’hui,  l’expression de Plan Schlieffen reste attachée  à une stratégie de guerre sur deux fronts, en vue d’abattre rapidement un adversaire –la France-, avant de se tourner vers l’autre –la Russie, cette perception ne s’applique pas au Plan Schlieffen originel, celui de 1905, le seul plan de Schlieffen. Dans celui-ci, la France était à première vue seule visée, mais dans une stratégie cherchant à atteindre l’Angleterre.

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L’inventeur du char d’assaut : un lieutenant autrichien

A l’origine du char d’assaut, on évoque souvent de brillantes œuvres d’anticipation, comme la redoute sur roue de  Léonard de Vinci ou les Ironclads de H.G. Wells. Le temps des inventeurs peut être fixé à  1903, quand le capitaine Levavasseur présente au ministre de la guerre un projet de canon de 75 sur affût automoteur [1]. Toutefois, l’engin de Levavasseur préfigurait plus un canon d’assaut qu’un véritable char, avec son armement en tourelle et ses possibilités tactiques. Continuer la lecture